Du notariat à la médiation et au barreau : reconstruire après l’effondrement 

Juriste spécialisée en marchés publics, elle a gravi les échelons jusqu’à devenir directrice d’un service juridique. Puis le burn-out. Aujourd’hui, après une profonde reconstruction, elle s’est trouvée.

Avant

Juriste spécialisée en marchés publics

Aujourd'hui

Consultante juridique – Médiatrice agréée (indépendante) + recherche de stage au barreau

Avant – Une carrière fulgurante dans le droit public 

Après une licence en droit et une licence complémentaire en notariat, elle entame sa carrière comme premier clerc dans un office notarial. Mais rapidement, la réforme imposant un concours après le stage la fait réfléchir : « J’ai senti que la profession évoluait vers quelque chose de plus mercantile et administratif par rapport à ma vision de la profession : une présence professionnelle auprès des gens dans les moments clés de leur vie », explique-t-elle. 

En perte de sens, elle fait un choix audacieux : se tourner vers les marchés publics, une matière que peu de juristes apprécient. « J’y voyais une opportunité de m’atteler à une matière ardue et d’une grande précision ». Elle étudie toute la législation seule — le cursus universitaire ne prévoyait pas de cours spécifique — et postule. 

Le pari est gagnant. Elle est engagée comme responsable du service marchés publics dans une importante commune, où tout est à créer. Après 18 mois d’une « superbe expérience », elle rejoint une structure de plus grande ampleur, d’abord comme responsable juridique, puis comme directrice du service juridique qu’elle constitue elle-même. 

« J’ai développé avec le directeur général de cette structure, un binôme professionnel extraordinaire. Nous avons atteint des résultats en 2 ans, jamais atteints en 15 ans d’existence avant mon arrivée », se souvient-elle avec fierté. 

Mais le succès attire les jalousies et dérange un système nécrosé. À la suite de l’arrivée d’un nouvel acteur politique au sein du conseil d’administration, le directeur général est licencié. Elle, qui lui est restée fidèle, subit le même sort. Maman solo de deux petits garçons dont elle a la garde exclusive, elle doit retrouver un emploi rapidement. Elle est engagée comme responsable du secrétariat central dans une grande commune bruxelloise.

Le déclic – Quand le corps dit stop 

Arrive la Covid. Il faut réorganiser tout ce qui a été mis en place depuis des décennies. « Extrêmement difficile, dans une ambiance sclérosée et délétère de copinages et d’hypocrisie », confie-t-elle. 

« Je courrais comme une poule sans tête, sans m’en rendre vraiment compte. Je n’avais pas le choix, je devais tout gérer complètement seule : travail, finances, maison, enfants, quotidien »

Elle tient, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus. « Le déclic, c’est mon corps qui me l’a imposé. J’ai l’image d’une prise que l’on débranche. J’étais épuisée mais je continuais quand-même. Et puis, le noir »

Après une année d’arrêt, elle est licenciée. 

Le chemin – Se reconstruire autrement 

C’est le début d’une reconstruction profonde. Elle se forme à la médiation, aux neurosciences, au coaching scolaire. Elle s’établit comme indépendante en conseils juridiques et devient médiatrice agréée en matières sociales. 

« Lorsque j’ai ressenti à nouveau, un peu d’énergie en moi », raconte-t-elle pour décrire le moment où elle a su qu’elle était sur la voie de la guérison. 

Aujourd’hui, elle cherche un stage pour une inscription au barreau, avec l’objectif de devenir avocate. 

Les obstacles – Accepter les blessures 

Le plus difficile ? « L’intensité de l’impact. Sa violence », résume-t-elle. 

Mais le chemin parcouru lui a aussi permis de comprendre quelque chose d’essentiel : « Il y a une différence entre le monde du travail et le monde personnel. Je refusais cette réalité jusque-là, voire, je la combattais »

Elle a appris à se connaître différemment. « Aujourd’hui je sais me reconnaître mes compétences et j’intègre mes faiblesses », dit-elle. Et elle peut aujourd’hui affirmer : « Cela a été long, cela a été très dur mais j’ai traversé avec dignité »

Reste une peur qu’elle n’a pas encore totalement dépassée : « La peur de montrer la vulnérabilité »

Aujourd’hui – Entre médiation et projet d’avocat 

Elle exerce comme consultante et médiatrice agréée en matières sociales et poursuit activement sa recherche d’un stage au barreau. Son objectif est clair : embrasser la profession d’avocat, forte de toutes les compétences qu’elle a développées au fil de son parcours. 

Cette transition garde le fil rouge du droit : “Je suis profondément attachée au droit et à son exercice. Je suis une véritable juriste au quotidien” Mais cet exercice aujourd’hui “vise à plus d’humanité, à plus d’écoute et à une présence professionnelle au côté de ceux qui font face à des enjeux juridiques complexes”. 

Les conseils – Un message à celles qui se reconnaissent 

« Il y a un profil presque type des personnes qui vivent ce trou abyssal : femme, perfectionniste, chez qui le travail occupe une grande place dans la vie, très impliquée dans tout ce qu’elle fait, avec des valeurs humaines profondément ancrées de respect, d’honnêteté, de justice, de sincérité », observe-t-elle. 

Son conseil ? « Soyez vigilante et prenez un peu de recul. Prenez conscience que ce qui est valorisé dans le monde du travail, ce ne sont pas vos valeurs mais ce que vous pouvez rapporter. Une fois que l’on a compris cela, on peut se positionner sans être blessée parce que l’on a compris le « jeu » »

Avec le recul, si elle pouvait revenir en arrière ? « Je me serais moins impliquée émotionnellement. J’aurais moins donné parce que ces dons étaient liés à mon besoin d’être reconnue par ceux que je pensais être honnêtes »

À celles et ceux qui traversent cette épreuve, elle offre des mots simples mais puissants : « Sois conscient de tes forces et de tes faiblesses. Maintiens les premières, améliore les secondes et crois en toi. Tu es la seule personne qui t’accompagnera jusqu’au bout, les autres tu peux les choisir ou, à tout le moins, les tenir à distance dans ta tête »

« J’écouterais surtout », ajoute-t-elle. « Je pense que cela fait du bien de savoir que quelqu’un vous écoute vraiment, de savoir que l’on n’est pas seul, de se sentir respecté dans sa souffrance et de savoir aussi, que le soleil se lèvera à nouveau, un jour. En attendant qu’il décide de réapparaître, savoir que l’on a rien perdu de ses compétences, de son caractère, de ses forces. Que c’est juste un peu moins à portée de main. Que l’on existe encore tant que l’on respire »

Et elle conclut avec une citation qui l’a portée : « Tout semble impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse » — Nelson Mandela. 

Durée totale de la transition

3 ans

Accompagnements suivis

Formations en médiation, neurosciences et coaching scolaire

Statut actuel

Indépendant(e) principal

Secteur d'activité actuel

Droit (médiation sociale, projet avocat)

Disponible pour répondre à des questions

Oui si vous voulez lui poser des questions je vous invite à me contacter et je vous mettrai en lien : victoria@jobandsense.be

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