Avant – Quand le rêve d’enfance devient réalité
Diane a réalisé son rêve d’enfance : acheteuse et product manager dans la mode. Le genre de métier qui fait briller les yeux quand on en parle autour de soi, et qui remplit la garde robe.
« C’était mon rêve depuis l’enfance », explique-t-elle simplement.
Le déclic – Quand les coulisses déchantent
Mais derrière les collections, les matières, les couleurs et la créativité, la réalité du secteur a fini par rattraper Diane. La mode ce n’est pas toujours tout rose. Deux éléments ont commencé à l’interpeller.
D’abord, le secteur a traversé beaucoup de difficultés. Diane a d’ailleurs vécu plusieurs restructurations, sans impact direct sur son job, mais avec un impact très palpable sur le secteur en général. « En Belgique, la demande de jobs dans la mode est plus grande que l’offre, ce qui donne un déséquilibre », constate-t-elle. Un déséquilibre qui se traduit concrètement dans une charge de travail élevée, des conditions salariales peu attractives, des tensions et jalousies entre collègues et des relations déséquilibrées entre employeur et employé.
Ensuite, les valeurs de la fast fashion à laquelle certaines marques se soumettent. « Mauvaise qualité, pollution, exploitation, surconsommation, image faussée de la femme… Les valeurs ne me correspondaient pas. » Une partie de ce qu’elle contribuait à produire ne lui ressemblait plus. Difficile de continuer dans ces conditions, surtout en devenant Maman : on se remet plus en question, on se demande quelles valeurs on veut transmettre et on remet le travail en perspective.
Le chemin – Réfléchir, tester, pivoter
Elle ne s’est pas lancée tête baissée dans le changement. Diane a pris le temps de la réflexion, a notamment contacté Victoria de Job&Sense ainsi que d’autres personnes pour l’accompagner.
Plutôt que de tout quitter d’un coup, elle a d’abord choisi un job intermédiaire. Une façon de prendre de la distance avec la mode sans se jeter dans le vide. Elle restait dans les tissus mais pour des sacs réutilisables, plus écologiques. Elle a pu y utiliser ses compétences de gestion de production, ses relations fournisseurs, et ses compétences de négociatrice au profit de cette job-là, le temps de réfléchir à la suite de sa carrière et de sa vie de famille.
Trois ans après, Diane a franchi le cap : un changement total de secteur. Toujours dans les achats mais pour une ASBL active dans la santé, la recherche et la coopération internationale. Du produit à l’impact, de la mode à la solidarité.
Les obstacles – S’impliquer sans s’oublier
Son plus gros apprentissage au long de sa carrière n’est pas venu du changement de secteur, mais de sa façon d’aborder le boulot et l’équilibre avec la vie privée.
« J’ai toujours abordé le boulot en bon père de famille, en m’impliquant beaucoup, en donnant toujours plus de moi-même », raconte Diane. « J’ai été déçue de voir que ce n’était pas toujours apprécié à sa juste valeur, que ce ne sont pas nécessairement ceux qui bossent bien qui grimpent dans les entreprises, mais qu’il suffit parfois de se mettre mieux en avant ou de crier plus fort pour être entendu. »
Mais ce n’est pas son genre.
Cette expérience lui a appris quelque chose d’essentiel : « J’arrive à mieux mettre mes limites et à ne rien attendre en retour. Je m’en porte mieux depuis que je mets une certaine distance, même si je resterai toujours quelqu’un d’impliqué dans mes projets, c’est plus fort que moi ».
Aujourd’hui – Un job qui a du sens (même imparfait)
Aujourd’hui, Diane travaille dans une ASBL qui lutte contre des maladies comme la tuberculose et la lèpre, Action Damien. Cela fait un peu plus d’un an.
« J’adhère aux valeurs. Ce job a du sens », affirme-t-elle.
Est-ce que tout est parfait ? Elle est honnête : « Je regrette surtout deux aspects : le côté créatif de la mode et l’efficacité du monde de l’entreprise. »
Néanmoins elle ajoute aussitôt : « Mais je ne regrette pas mon changement pour autant. »
C’est ça aussi, une transition réussie : accepter que la nouvelle vie ne soit pas idéale à 100%, tout en sachant qu’on a fait le bon choix. Ses valeurs sont respectées. Son travail a un impact. Son équilibre de vie est meilleur. Le reste, Diane compose avec.
Les conseils – Il y a plusieurs voies possibles
Son message aux personnes en questionnement est simple et puissant : « Il y a plusieurs voies possibles. Si l’une ne te correspond pas ou plus, trouve une autre. Le boulot et le bien-être sont trop précieux pour être négligés. »
Diane aurait pu rester dans la mode en s’accrochant dans une entreprise plus éthique. Elle aurait pu s’investir toujours autant dans le boulot en laissant la vie privée en sourdine. Elle a choisi de changer complètement de secteur, en mettant ses compétences d’achats au profit d’une organisation sans but lucratif, tout en se respectant. L’important, c’est qu’elle a trouvé SA voie.
Pas celle qui rapporte le plus gros salaire. Pas celle toute tracée après des études à l’ICHEC. Pas celle qui fait le plus rêver sur le papier. Celle qui lui permet de se lever le matin en alignement avec ce qui compte vraiment pour elle.
Et elle conclut avec un encouragement simple : « Bonne chance ! »



