Du contrôle de gestion au pilates : se reconnecter à ses valeurs

Contrôleuse de gestion dans un Big Four, Floriane vivait derrière son écran, entre stress et deadlines. Le confinement a été le déclic pour questionner son équilibre de vie. Aujourd’hui, elle dirige son propre studio de pilates et forme des professeurs. Une transition construite pas à pas, entre formations et tests.

Avant

Employée en contrôle de gestion

Aujourd'hui

Responsable d’un studio de pilates à Wavre

Avant – La situation de départ

« Moi j’ai fait des études d’abord de comptabilité, un baccalauréat en compta et puis j’ai fait un master en sciences de gestion, spécialisation finance et contrôle de gestion », raconte Floriane. Son parcours démarre dans une PME belge, comme assistante financière et contrôleuse de gestion. Elle enchaîne avec un an dans une ONG, avant d’intégrer l’un des Big Four.

Son quotidien ? « Une vie de travail de bureau à temps plein, un 38 heures semaine, une partie restée devant un ordinateur, une partie administrative, financier, contrôle. » Un quotidien bien rempli, structuré, prévisible.

Le déclic – Ce qui a déclenché la transition

Peu à peu, Floriane sent que quelque chose ne va plus. « Ce qui ne fonctionnait plus pour moi, c’est d’être derrière un écran toute la journée, d’avoir ce côté très stressant, beaucoup de deadline, une pression venant des étages supérieurs de la hiérarchie, de la société, pour souvent des choses qu’il fallait faire, mais qu’on se rendait compte que finalement on n’utilisait pas. » Le sens se perd dans la frénésie des tâches. « Et il manquait là-dedans des valeurs, des valeurs plus simples, des valeurs plus humaines. »

Le déclic se dessine avant le confinement, mais la pandémie précipite les choses. « Mon déclic, ça a été vraiment un too much à un moment donné, je ne trouvais plus mon compte entre ma vie privée et ma vie professionnelle, cette surcharge, la quantité de stress. »

Face à cette situation, elle tente une solution intermédiaire : demander un mi-temps à son employeur. La réponse ? Refusée. C’est le moment de prendre les choses en main autrement.

Le chemin – Les étapes concrètes

Floriane ne part pas de zéro. Dès le début de sa carrière, elle ressent le besoin de bouger, de faire quelque chose de différent. « J’étais assise derrière un ordi et donc j’ai pour moi-même commencé à faire du trampoline. » Une activité qui la défoulait après ses journées de bureau. « J’ai tellement adoré que j’ai suivi une formation et que j’ai commencé à donner cours. »

En 2016, elle franchit le pas et se lance comme indépendante complémentaire. « Il fallait un statut pour pouvoir donner des cours à des participants. » Au début, ce n’est qu’une ou deux heures par semaine, en soirée, après 18h30. Mais au fil des années, son activité s’étoffe progressivement.

« C’était vraiment d’avoir le côté financier plutôt bureau plutôt administratif finalement et l’autre côté, même si c’était une, deux, trois heures par semaine, c’était d’avoir le côté plus en mouvement et le côté aussi plus humain », explique-t-elle. Ce double équilibre lui convient parfaitement à l’époque.

Mais se lancer dans une nouvelle activité ne s’improvise pas. Elle multiplie les formations : pilates, reformer (la machine de pilates), coaching remise en forme sportive. « J’ai suivi quelques formations aussi sur tout ce qui est réseaux sociaux, comment lancer son activité, comment gérer son activité, parce que bien que j’étais gestionnaire financière avant, gérer sa propre activité, ce n’est pas la même chose. »

Elle se forme donc à la gestion d’entreprise indépendante : « Gestion de vie d’indépendant, gestion des tâches administratives, des activités fixes, du marketing, etc. » Elle suit même une formation pour « faire des chouettes photos avec son smartphone, parce qu’au début, je ne pouvais pas financer forcément un photographe ».

Après le refus du mi-temps en 2022, elle passe par une phase de test via la couveuse d’entreprise Creajob à Louvain-la-Neuve. « J’avais une gestionnaire de projets qui pouvait m’aider dans ce secteur plutôt sport et bien-être que d’autres couveuses n’avait pas forcément à ce moment-là. » Cette année de couveuse, de juillet 2022 à juillet 2023, lui permet de sécuriser son lancement avant de se jeter à l’eau complètement.

Les obstacles – Les peurs et difficultés rencontrées

« Passer d’un statut de salariat à un statut d’indépendante, ça fait peur », reconnaît Floriane sans détour. « La première peur, c’est souvent l’instabilité financière. Là aussi, il faut quand même faire un peu ses calculs au départ. » Elle se donne un an pour tester son activité et voir si elle tient la route financièrement.

Mais au-delà des chiffres, il y a une autre peur, plus insidieuse : celle de se montrer, de parler de soi. « Au début, on n’ose pas se présenter. Il faut faire des petits pitchs avec la famille, mais la famille, c’est rarement les bons parce qu’ils vont être trop gentils ou ils vont pas oser dire quand cela ne va pas. Et finalement, en fait, c’est pas eux qui utilisent tes services ou tes produits. »

Elle apprend donc à tester son discours ailleurs. « En parler à d’autres personnes. De nouveau, il y a plein de petits groupes Facebook ou des trucs comme ça où il y a moyen de faire des petits sondages, de poser des questions si les gens utiliseraient ton service avant que tu te lances. »

Et puis vient le moment de demander des retours clients. « Je trouve que quand tu te lances, ce qui fait vraiment du bien, c’est d’avoir le retour de tes clients, de tes participants ou des gens avec qui tu travailles ou des sociétés avec qui tu travailles. Et en fait, au début, on n’ose pas demander un retour. » Elle finit par franchir le pas : solliciter des avis Google, des témoignages. « Parfois, tu te dis que la personne n’avait pas l’air très contente, mais en fait, c’est juste qu’elle n’a pas forcément communiqué. » Ces retours positifs deviennent un carburant précieux pour continuer.

Aujourd’hui – La situation actuelle

« Après un an de couveuse, j’ai décidé de me lancer comme indépendante full time. » En septembre 2023, Floriane fait le grand saut. Aujourd’hui, elle a même franchi une nouvelle étape : depuis juillet 2025, elle est passée en société.

Elle a ouvert son propre studio à Wavre. « J’ai pu ouvrir un studio, ouvrir mon propre espace. J’ai d’autres personnes qui sont indépendantes, mais qui travaillent avec moi. » Son activité s’est diversifiée : cours de pilates, cours de reformer, coaching remise en forme sportive, et même un peu de massage en activité accessoire. Mais aujourd’hui, l’accent est mis sur la gestion du studio et l’organisation d’activités et d’ateliers autour du bien-être et du mouvement : pilates, yoga, nutrition (santé, femme enceinte, pré et post-partum, femme allaitante), et séances bien-être comme du yoga du visage ou des séances à la bougie dans un environnement relaxant.

Son métier s’est aussi affiné avec le temps. « Au début, je faisais uniquement donner cours et toute la gestion. Depuis ces dernières années, j’ai aussi créé des formations, je donne des formations pour que les profs puissent se former et que je puisse avoir des cours qui soient de plus en plus qualitatifs. »

Ses journées ont complètement changé par rapport à son ancienne vie de salariée. « En gros mes journées elles sont un peu plus calées avec des cours en matinée », de 8h30 à 12h30 environ, voire 13h pour les personnes en télétravail. « Puis en général je vais avoir un trou et ce trou dans l’après-midi c’est souvent pour faire la partie administrative », entre 14h et 17h : communication, marketing, gestion des finances, des paiements, relance des participants. « Et puis après je vais reprendre la partie donner cours de 17h à 20-21h ça dépend des jours. » En gros, trois heures de cours le matin, trois heures le soir, et 1h30-2h d’administratif l’après-midi.

Ce nouveau rythme a ses avantages et ses inconvénients. « C’est des journées qui sont entrecoupées et donc c’est pas toujours facile à gérer puisque j’ai pas forcément toujours des soirées. » Mais elle reconnaît que « ça me permet, ça faut bien l’avouer, c’est d’avoir des journées où ben parfois si je suis un peu fatiguée, ben en fait me reposer l’après-midi. J’ai l’occasion de promener mon chien, j’ai l’occasion de faire mes courses quand il y a personne dans les magasins, finalement ça permet d’avoir accès à d’autres choses, aller chez le médecin. »

Ce qui a vraiment changé, c’est le retour immédiat de son travail. « Beaucoup plus de relation avec les gens que j’avais pas dans mon boulot salarié et administratif. Là c’est vraiment : je donne un cours, tu vois dès que tu proposes un exercice si la personne elle aime ton exercice, ça lui fait du bien ou pas, si elle sent que il y a ses abdos qui travaillent. Donc c’est vraiment un retour super direct. » À la fin de chaque cours, elle entend : « Ah j’avais pas envie de venir aujourd’hui mais ça m’a fait du bien, c’était super chouette. » Un côté valorisant, heure par heure, qu’elle n’avait pas avant.

Mais elle ne cache pas la réalité derrière cette réussite. « Il faut accepter qu’il va y avoir des up and downs. Ça fait partie de tout changement professionnel, qu’on reste salarié ou qu’on passe de salarié à indépendant. » La vie d’indépendante n’est pas linéaire : il y a des bons mois, des mois plus difficiles, des doutes et des moments de satisfaction.

Les conseils – Messages à partager

Si Floriane devait donner un message à quelqu’un qui hésite, ce serait celui-ci : « Il faut croire en soi déjà. » Si l’envie est là, si les valeurs ne correspondent plus, si l’équilibre entre vie pro et vie perso est rompu, « il y a plein d’alternatives ».

Mais elle insiste : « Par contre il faut se former et il faut se donner les moyens, pas forcément des moyens financiers, mais se donner les moyens d’aller suivre une petite formation. » Et aussi accepter de donner du temps. « Ça prend longtemps de réfléchir. » Une transition ne se fait pas du jour au lendemain.

Elle encourage vivement à se faire accompagner. « Il faut se mettre un peu dans le bain de ce nouveau boulot et se faire aider. Je veux dire par là, de suivre des petites formations. Il y en a des gratuites aussi, mais qui peuvent aider à se développer. »

Floriane a d’ailleurs rejoint pendant un trimestre Boosteke, un réseau de femmes entrepreneures. « C’est ‘le petit boost qui fait du bien’, un réseau de femmes qui se lance ou qui sont déjà lancées. » Coraline, la fondatrice, « propose des séances d’information sur des sujets les finances, marketing, etc. et essaie vraiment que les participantes puissent s’entraider mais surtout oser se lancer et être guidées pour ça. » Le partage d’expérience devient un élément clé. « Le fait de se rendre compte souvent qu’on n’est pas du tout seule à vivre ces situations, ça, je trouve que c’est un grand plus. »

Ses conseils concrets pour se lancer :

  • Oser, mais pas n’importe comment. « Pas de se lancer n’importe comment à tête perdue, c’est de regarder cette partie financière. » Même sans bagage en finances, il existe des solutions. « Il y a des nanas qui font ça comme projet, qui aident les indépendants ou les futurs indépendants à gérer un peu leurs finances, parce que ce n’est pas simple quand tu fais une transition professionnelle. »
  • Planifier et estimer la viabilité. « Si ton activité est faisable qu’à mi-temps, ce n’est pas grave si tu t’en rends compte, mais il faut adapter un peu le projet. »
  • Se former aux réseaux sociaux. « Aujourd’hui, les réseaux sociaux, je crois qu’il faut d’office passer par là. Utiliser son téléphone, répondre aux réseaux sociaux, faire des petites pauses, faire des petits trucs comme ça. Il y a beaucoup d’activités qui passent par là. »
  • Parler de son activité au-delà du cercle familial. « En parler à d’autres personnes. De nouveau, il y a plein de petits groupes Facebook ou des trucs comme ça où il y a moyen de faire des petits sondages, de poser des questions si les gens utiliseraient ton service avant que tu te lances. »

Sa conclusion ? « Il faut se donner les moyens, mais je trouve que quand on a une envie, il faut y aller. »

Durée totale de la transition

• 2016-2022 : indépendante complémentaire (trampoline puis pilates) • Juillet 2022- juillet 2023 : couveuse • Septembre 2023 – juillet 2025 : indépendante full time

Accompagnements suivis

Formations : pilates, reformer, coaching, réseaux sociaux, gestion d’activité indépendante, photographie smartphone. Couveuse d’entreprise (1 an) Creajob à Louvain-la-Neuve

Statut actuel

En société

Secteur d'activité actuel

Pilates, reformer, coaching, formations pour professeurs. Studio à Wavre avec espace partagé.

Disponible pour répondre à des questions

Oui, tu peux la contacter par e-mail : contact—studioluna.be

Contact

Floriane Decourty https://www.studioluna.be/

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