Avant – Une infirmière qui voulait souffler
Cécile était infirmière. Pendant des années, elle a exercé ce métier exigeant, avant de choisir un virage qu’elle pensait plus doux : un poste administratif dans un service de médecine préventive d’une administration bruxelloise. « J’avais fait le choix de passer à un job administratif en pensant que j’aurais des heures régulières, de bureau, pour pouvoir consacré plus de temps et avoir plus d’énergie pour mon rôle de maman-solo », raconte-t-elle.
Raté. « Je n’ai jamais autant bossé de ma vie : gardes, heures sup’ et puis la pandémie… ».
Le déclic – Quand le corps dit stop
Le lieu de travail était « très codifié : plein de règles, pas clairement exprimées, mais qui se sentaient partout, entre les lignes ». Cécile ne rentrait pas dans ce moule. « À force d’essayer, de m’adapter, je me suis épuisée. »
Les managers donnaient l’illusion de la participation : « l’impression qu’on avait son mot à dire, mais rien n’était fait avec l’avis, les suggestions… qu’on faisait. » Puis vint la pandémie. Elle devient coordinatrice d’une équipe d’intervention. « J’avais une super équipe, on était soudé, mais les lois, les circulaires, les arrêtés en tout genre, nous paralysaient, alors qu’on avait le nez sur des situations dramatiques… L’horreur. »
Sa santé mentale et physique se dégrade. Sa relation avec sa fille se complique. « De plus en plus de gens dans mon entourage proche m’encourageaient à arrêter. Ce que j’ai fini par faire. »
Le chemin – Deux ans pour se retrouver
Elle obtient rapidement une place à la clinique du stress de Brugmann, après une journée de tests. « La consultation avec la psychiatre responsable du centre s’est très mal passée, mais je ne l’ai vue qu’une fois, heureusement. » Puis vient la thérapie de groupe – six personnes, COVID oblige – et « petit à petit, récupération d’un minimum d’entrain pour s’atteler à d’autres choses. »
Elle assiste à des conférences organisées par Job&Sense qui lui donnent accès à des formations découvertes à l’EFP. « C’est là que j’ai commencé à ressentir le besoin d’expérimenter, de me projeter dans d’autres types de job, de mentalité, de mode de fonctionnement… »
Cécile multiplie les accompagnements : « un coaching plus orienté système (triangle dramatique) et l’autre plus spirituel (dont hypnose révélatrice et salvatrice…). » Tout cela en parallèle avec le suivi par la psychologue de la clinique du stress. Elle suit aussi des formations chez Déclic en perspectives en économie sociale, fréquente des espaces de coworking, rencontre « des associations qui font du boulot avec un mode de fonctionnement vraiment démocratique ».
« Bref, j’ai eu l’immense chance de pouvoir suivre mon intuition (une connexion à moi que j’avais complètement perdue) et de trouver mon chemin. J’ai compris aussi que c’est mon chemin pour le moment, mais qu’il va certainement encore changer. Et c’est ok 🙂 ».
Les obstacles – Le corps, l’esprit, et les préjugés
« Dans le cadre d’un burn-out, la réorientation professionnelle n’est pas évidente, parce qu’on traverse une période de désert, pendant laquelle le corps et l’esprit doivent se retrouver. »
Dans son cas, il y avait aussi un burn-out parental. Cécile participe à une étude sur le sujet dans le cadre d’une thèse de doctorat. « Ma fille et moi avons participé et ce fut une expérience intéressante et thérapeutique. J’ai remis ma fille en haut de ma liste de priorité… Le boulot était devenu une sorte de fuite en fait. »
Ce qui l’a le plus surprise ? « Le temps que ça m’a pris… »
Puis il y a eu cette peur : « J’ai quitté un job avec un bon salaire pour un job avec un salaire pas de misère, mais pas loin. Mais je suis tellement plus à ma place là, et ça a tellement plus de sens, que la question ne se pose même plus : oui, j’ai fait le bon choix ! »
Aujourd’hui – Un métier pas facile, mais aligné
Cécile a commencé un nouveau job il y a deux ans et demi: prof dans une petite école de formations en alternance dans le centre de Bruxelles. « Ce job n’est pas facile, mais a beaucoup de sens pour moi et j’ai donc décidé de me former dans ce nouveau métier. Encore un semestre et j’ai mon diplôme ! »
Elle a repris « un rythme de vie un peu dingue, mais je suis mieux outillée pour gérer le stress et je ne perds pas de vue les leçons que j’ai apprises (ma fille est encore et toujours en haut de ma liste !) ».
Les conseils – Un jour à la fois
« Chaque parcours est différent et semé d’embuches, mais il y a beaucoup de communauté d’entraide, de formations en tout genre, de coaching… Souvent il est important de se remettre au centre, de suivre son intuition, d’élargir sa zone de confort, d’affronter ses angoisses, ses préjugés, ses idées reçues. Toute une remise en question… Ça prend du temps et c’est ok. »
Elle se rend compte qu’elle a eu de la chance d’avoir eu ce temps – « un peu plus de deux ans » – pour aller jusqu’au bout de cette quête. « Je ressens beaucoup de gratitude pour toutes les personnes que j’ai rencontrées, qui m’ont inspirée, guidée… »
Son mantra ? « Un jour à la fois et à chaque jour suffit sa peine. La charge mentale qu’on a tendance à traîner d’un jour à l’autre, est tuante. Ce qui m’aide à faire table rase, c’est la méditation, des exercices de pleine conscience, une activité physique, même faire la vaisselle j’oserais dire, peuvent faire l’affaire 🙂 »
Stay kind (aussi avec soi-même), stay curious.



