Avant : Une vie entre deux pays et deux métiers
Pendant de nombreuses années, Nathalie vit en Italie où elle mène une double vie : professeure de français à mi-temps. L’autre moitié de son temps, elle l’occupe à élever ses deux enfants. Un équilibre fragile, mais qui tient. Jusqu’à ce que tout bascule.
Le déclic : Quand la vie prend les décisions à ta place
La séparation d’abord. Puis le retour en Belgique, avec les enfants. Et avec ce retour, une accumulation de pertes qui arrivent presque en même temps : la mort de sa mère, l’officialisation du divorce, le déracinement des enfants qui quittent le seul pays qu’ils connaissaient. « Beaucoup de pertes de repères », dit-elle simplement.
Sans emploi, l’âge joue contre elle sur le marché du travail; Nathalie traverse une dépression. C’est dans ce creux qu’elle se met à peindre sans le savoir elle peignait son processus de deuil. Sans plan, sans projet : jour et nuit. Et c’est là, dans cet espace qu’elle s’est créé presque malgré elle, qu’elle consulte une art-thérapeute.
« J’ai compris que c’était ma voie. »
Pas de révélation spectaculaire. Juste une évidence qui s’impose à elle à travers l’expérience vécue de l’intérieur.
Le chemin:
Nathalie ne temporise pas. Elle s’inscrit à la Haute École de la Province de Liège (HEPL) pour se former à l’art-thérapie. Un an de formation. Mais elle ne s’arrête pas là.
Dans la continuité, elle poursuit avec une spécialisation en art-thérapie AMC© à l’Institut Carl Gustav Jung, Athanor, pendant encore deux ans. Cette deuxième formation est centrée sur l’accompagnement des personnes dans leur propre processus de guérison grâce aux mythes et à l’ art intime. Elle se forme également pour le travail autour du deuil (en Belgique et avec des formateurs canadiens en zoom); un terrain qu’elle connaît de l’intérieur.
Cinq ans au total. Plusieurs certifications. Une reconversion construite étape par étape, sans raccourci.
Les obstacles: L’âge comme frein, l’âge comme carburant
Nathalie ne détaille pas ses peurs, mais elle les nomme. Ne pas trouver de travail à cause de l’âge est une réalité qu’elle a vécue concrètement à son retour en Belgique. Et c’est précisément ce qu’elle adresse dans son message aux autres : il ne faut pas laisser l’âge dicter ce qu’on peut encore devenir.
Ce qui l’a aidée à traverser ? Elle cite trois choses qu’elle a développées ou renforcées au fil du chemin : l’écoute attentive et bienveillante, la gestion de ses émotions, et surtout l’empathie. Des compétences qu’elle met aujourd’hui au service des autres, et qui sont probablement nées, au moins en partie, de ce qu’elle a elle-même traversé.
Aujourd’hui : Formatrice, thérapeute, et toujours en mouvement
Nathalie est aujourd’hui art-thérapeute certifiée HEPL et AMC©. Son parcours a pris une forme qu’elle n’avait sans doute pas imaginée au départ : elle est revenue à l’enseignement, mais autrement.
Elle enseigne à la HEPL en tant que formatrice, où elle forme aux techniques artistiques les futurs art-thérapeutes. Elle intervient également à l’IPPJ de Fraipont, dans le cadre de la Fédération de l’Aide à la Jeunesse. Et elle reçoit en suivi individuel en art-thérapie via la Smart.
Trois casquettes complémentaires. Transmettre, accompagner les jeunes en difficulté, et suivre des personnes en individuel : la transition est complète, et elle a trouvé une forme d’exercice à sa mesure.
Les conseils: Ce qu’elle dirait à quelqu’un dans la même situation
Son message est direct :
« Il ne faut pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, d’affronter en accueillant une nouvelle version de vous-même à cause de l’âge. »
« Affronter en accueillant » : l’expression est intéressante. Pas nier ce qui est difficile, pas foncer tête baissée non plus. Mais ouvrir la porte à ce qui arrive, même quand c’est inconfortable.
Elle conclut avec une phrase de Carl Gustav Jung:
« Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur comme un destin. »
Une façon de dire que sa reconversion n’était peut-être pas un choix de départ mais qu’elle a fini par l’entendre quand elle s’est manifestée.



